Recherches et Prospective de Little Green Capital

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lundi, avril 30 2012

Nous ne voulons pas mourir dans les décombres du néolibéralisme !

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Les systèmes tiennent souvent plus longtemps qu'on ne le pense, mais ils finissent par s'effondrer beaucoup plus vite qu'on ne l'imagine." En quelques mots, l'ancien chef économiste du Fonds monétaire international, Kenneth Rogoff, résume bien la situation de l'économie mondiale. Quant au gouverneur de laBanque d'Angleterre, il affirme que "la prochaine crise risque d'être plus grave que celle de 1930"...

La zone euro ne va pas bien, mais les Etats-Unis et la Chine, souvent présentés comme les deux moteurs de l'économie mondiale, sont en fait deux bombes à retardement : la dette totale des Etats-Unis atteint 358 % du produit intérieur brut (PIB) ; la bulle immobilière chinoise, presque trois fois plus grosse qu'elle ne l'était aux Etats-Unis avant la crise des subprimes, commence à éclater.

Vu le contexte international, comment le PS et l'UMP peuvent-ils continuer de toutmiser sur le retour de la croissance ? Il n'y a qu'une chance sur mille pour que ce rêve devienne réalité. "Ça va être effroyable, me confiait récemment un responsable socialiste. Il n'y aura aucune marge de manoeuvre. Dès le mois de juin, on va geler des dépenses. Dans quelques mois, le pays sera paralysé par des manifestations monstres et, en 2014, on va se prendre une raclée historique aux élections."

L'austérité est-elle la seule solution ? La gauche au pouvoir est-elle condamnée à décevoir ? Non. L'Histoire montre qu'il est possible de s'extraire de la "spirale de la mort" dans laquelle nos pays sont en train de s'enfermer.

EN 1933

En 1933, quand Roosevelt arrive au pouvoir, les Etats-Unis comptent 14 millions de chômeurs, la production industrielle a diminué de 45 % en trois ans.

Il agit alors avec une détermination et une rapidité qui raniment la confiance : certaines lois sont présentées, discutés, votées et promulguées dans la même journée. Son objectif n'est pas du tout de "rassurer les marchés financiers", mais de les dompter.

Son but n'est pas de "donner du sens à l'austérité", mais de reconstruire la justicesociale. Les actionnaires sont furieux et s'opposent de toutes leurs forces à la loi qui sépare les banques de dépôt et les banques d'affaires, aux taxes sur les plus hauts revenus ou à la création d'un impôt fédéral sur les bénéfices.

Mais Roosevelt tient bon et fait voter quinze réformes fondamentales en trois mois. Les catastrophes annoncées par les financiers ne se sont pas produites. Mieux ! L'économie américaine a très bien vécu avec ces règles pendant un demi-siècle.

Ce qu'a fait Roosevelt en matière économique n'était sans doute pas suffisant (sans l'économie de guerre, les Etats-Unis allaient retomber en récession), mais les réformes qu'il a imposées en matière bancaire et fiscale ont parfaitement atteint leurs objectifs.

Jusqu'à l'arrivée de Ronald Reagan en 1981, l'économie américaine a fonctionné sans avoir besoin ni de dette privée ni de dette publique.

Alors que, pendant trente ans, des règles fordistes avaient assuré un partage équitable de la valeur ajoutée entre les salariés et les actionnaires, les politiques de dérégulation ont, en trente ans, fait passer la part des salaires de 67% à 57% du PIB des pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), ce qui a conduit à augmenter tant la dette publique - car lesimpôts sur les salaires et la consommation sont la première ressource des Etats - que la dette privée, car les salariés ont dû s'endetter pour maintenir leur niveau de vie.

C'est à cause du chômage et de la précarité que la part des salaires a tellement baissé dans tous nos pays : le chômage n'est pas seulement une conséquence de la crise que nous vivons depuis cinq ans, il en est une des causes fondamentales. On ne pourra pas sortir de la crise sans s'attaquer radicalement au chômage et à la précarité.

N'en déplaise aux néolibéraux, nous ne sommes pas face à une crise de l'Etat-providence, mais bien face à une crise du capitalisme dont l'extrême gravité rend insuffisantes les réponses classiques de l'Etat-providence. La justice sociale n'est pas un luxe auquel il faudrait renoncer à cause de la crise ; reconstruire la justice sociale est le seul moyen de sortir de la crise !

DEUX STRATÉGIES POSSIBLES POUR LE PROCHAIN PRÉSIDENT

Deux stratégies sont possibles pour le prochain président de la République : soit il pense que la crise est bientôt finie et qu'il suffit d'une bonne gestion des finances publiques pour passer les quelques mois difficiles qui nous séparent de l'embellie.

Soit il pense au contraire qu'il ne reste qu'un temps limité avant un possible effondrement du système économique, et il doit "faire du Roosevelt" : organiser un nouveau Bretton Woods dès le mois de juillet 2012, mettre fin aux privilèges incroyables des banques privées dans le financement de la dette publique, lutterfrontalement contre les paradis fiscaux et agir avec force contre le chômage et la précarité en lançant dès le mois de mai des états généraux de l'emploi : trois mois de travail avec l'ensemble des partenaires concernés pour construire un nouveau contrat social, comme l'ont fait en 1982 les Néerlandais avec les accords de Wassenaar.

Quel est le rôle historique de la gauche européenne ? Gérer l'effondrement du modèle néolibéral, quitte à mourir dans les décombres, ou accoucher d'une nouvelle société avant que la crise, comme dans les années 1930, ne débouche sur la barbarie ?

Pour pousser le prochain président à l'audace, nous venons de créer le collectif Roosevelt 2012 : avec Stéphane Hessel, Edgar Morin, Susan George, Michel Rocard, René Passet, Dominique Méda, Lilian Thuram, Robert Castel, Bruno Gaccio, Roland Gori, Gaël Giraud, la Fondation Abbé-Pierre, la Fondation Danielle Mitterrand, la Ligue de l'enseignement, Génération précaire et bien d'autres, notre objectif est simple : provoquer un sursaut !

Si vous partagez cette envie, rejoignez le collectif en signant son manifeste et les quinze propositions de réformes sur www.roosevelt2012.fr

jeudi, avril 26 2012

DIRE L’EXTRÊME GRAVITÉ DE LA SITUATION

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Il y a déjà plus de 5 millions d'inscrits à Pôle Emploi, des millions de précaires et nul doute hélas que nous allons bientôt replonger en récession.

La crise des subprimes est née aux Etats-Unis et une nouvelle crise est en préparation : la dette totale des Etats-Unis atteint 358 % du PIB. En 2011, alors que la dette publique augmentait de 1.300 milliards, le PIB a augmenté de 260 milliards seulement. Le PIB augmente 5 fois moins vite que la dette ! De plus en plus de dette pour de moins en moins de croissance... La première économie mondiale est comme une voiture, qui a besoin d’un litre d’huile tous les 300 mètres. A tout moment, elle peut casser une bielle et le moteur va exploser. Des coupes budgétaires colossales sont prévues à partir de 2013 qui risquent de faire plonger les USA dans une récession historique.

En Chine, la bulle immobilière a atteint plus du double du maximum atteint par la bulle aux Etats-Unis avant la crise des subprimes. En 2009, pour éviter la récession, le gouvernement a ordonné aux banques d’accepter toutes les demandes de crédit qui leur parvenaient...

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jeudi, avril 19 2012

Getting the Market to Tell the Truth

Lester R. Brown

Moving the global economy off its current decline-and-collapse path depends on reaching four goals: stabilizing climate, stabilizing population, eradicating poverty, and restoring the economy’s natural support systems. These goals—comprising what the Earth Policy Institute calls “Plan B” to save civilization—are mutually dependent. All are essential to feeding the world’s people. It is unlikely that we can reach any one goal without reaching the others.

The key to restructuring the economy is to get the market to tell the truth through full-cost pricing. If the world is to move onto a sustainable path, we need economists who will calculate indirect costs and work with political leaders to incorporate them into market prices by restructuring taxes. This will require help from other disciplines, including ecology, meteorology, agronomy, hydrology, and demography. Full-cost pricing that will create an honest market is essential to building an economy that can sustain civilization and progress.



For energy specifically, full-cost pricing means putting a tax on carbon to reflect the full cost of burning fossil fuels and offsetting it with a reduction in the tax on income. Some 2,500 economists, including nine Nobel Prize winners in economics, have endorsed the concept of tax shifts. Harvard economics professor and former chairman of George W. Bush’s Council of Economic Advisors N. Gregory Mankiw wrote in Fortune magazine: “Cutting income taxes while increasing gasoline taxes would lead to more rapid economic growth, less traffic congestion, safer roads, and reduced risk of global warming—all without jeopardizing long-term fiscal solvency. This may be the closest thing to a free lunch that economics has to offer.”



The failure of the market to reflect total costs can readily be seen with gasoline. The most detailed analysis available of gasoline’s indirect costs is by the International Center for Technology Assessment. When added together, the many indirect costs to society—including climate change, oil industry tax breaks, military protection of the oil supply, oil industry subsidies, oil spills, and treatment of auto exhaust-related respiratory illnesses—total roughly $12 per gallon. That is on top of the price paid at the pump. These are real costs. Someone bears them. If not us, our children.



If we can get the market to tell the truth, to have market prices that reflect the full cost of burning gasoline or coal, of deforestation, of overpumping aquifers, and of overfishing, then we can begin to create a rational economy. If we can create an honest market, then market forces will rapidly restructure the world energy economy. Phasing in full-cost pricing will quickly reduce oil and coal use. Suddenly wind, solar, and geothermal will become much cheaper than climate-disrupting fossil fuels.



If we leave costs off the books, we risk bankruptcy. A decade ago, a phenomenally successful company named Enron was frequently on the covers of business magazines. It was, at one point, the seventh most valuable corporation in the United States. But when some investors began raising questions, Enron’s books were audited by outside accountants. Their audit showed that Enron was bankrupt—worthless. Its stock that had been trading for over $90 a share was suddenly trading for pennies.



Enron had devised some ingenious techniques for leaving costs off the books. We are doing exactly the same thing, but on a global scale. If we continue with this practice, we too will face bankruptcy.



Another major flaw in our market economy is that it neither recognizes nor respects sustainable yield limits of natural systems. Consider, for example, the overpumping of aquifers. Once there is evidence that a water table is starting to fall, the first step should be to ban the drilling of new wells. If the water table continues to fall, then water should be priced at a rate that will reduce its use and stabilize the aquifer. Otherwise, there is a “race to the bottom” as wells are drilled ever deeper. When the aquifer is depleted, the water-based food bubble will burst, reducing harvests and driving up food prices.



Or consider deforestation. Proper incentives, such as a stumpage tax for each tree cut, would automatically shift harvesting from clearcutting to selective cutting, taking only the mature trees and protecting the forests.



Not only do we distort reality when we omit costs associated with burning fossil fuels from their prices, but governments actually subsidize their use, distorting reality even further. Worldwide, subsidies that encourage the production and use of fossil fuels add up to roughly $500 billion per year, compared with less than $70 billion for renewable energy, including wind, solar, and biofuels. Governments are shelling out nearly $1.4 billion per day to further destabilize the earth’s climate.



Shifting subsidies to the development of climate-benign energy sources such as wind, solar, and geothermal power will help stabilize the earth’s climate. Moving subsidies from road construction to high-speed intercity rail construction could increase mobility, reduce travel costs, and lower carbon emissions.



We are economic decisionmakers, whether as corporate planners, government policymakers, investment bankers, or consumers. And we rely on the market for price signals to guide our behavior. But if the market gives us bad information, we make bad decisions, and that is exactly what has been happening.



We are currently being blindsided by a faulty accounting system, one that will lead to bankruptcy. As Øystein Dahle, former Vice President of Exxon for Norway and the North Sea, has observed: “Socialism collapsed because it did not allow the market to tell the economic truth. Capitalism may collapse because it does not allow the market to tell the ecological truth.”




Adapted from World on the Edge by Lester R. Brown. Full book available online at www.earth-policy.org/books/wote

mardi, avril 10 2012

1972-2012 : le Club de Rome confirme la date de la catastrophe

1972-2012 : le Club de Rome confirme la date de la catastrophe 08 Avril 2012 Par Jean-Paul Baquiast

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Il y a quelques semaines, le Club de Rome célébrait le quarantième anniversaire de son célèbre rapport (surnommé «Halte à la croissance?»), dit aussi Rapport Meadows, du nom de son principal rédacteur. Ce rapport avait été présenté au public le 1er mars 1972, à partir d’une commande faite par le même Club de Rome (créé en 1968) au Massachusetts Institute of Technology (MIT) en 1970.

Cette célébration a donné lieu à un symposium le 1er mars 2012, dont les conclusions sont présentées sur le site du Club de Rome. Dans le même temps, un des organisme en charge du rapport, le Smithsonian Institution, rend public une version actualisée pour 2012 du rapport de 1972. Il s’agit, en fait d’un second rapport, utilisant la même méthodologie que le premier, avec les mêmes acteurs, le Club de Rome commanditaire et le MIT exécutant. Les instruments d'analyse ont cependant été modernisés, pour tenir compte des importants progrès accomplis dans les méthodes d'observation et de prévision.

Le point essentiel, que tous les gouvernements, que toutes les entreprises, tout les média auraient du noter, est que le rapport de 2012 confirme celui de 1972. Celui-ci donnait soixante ans au système économique mondial pour s'effondrer, confronté à la diminution des ressources et à la dégradation de l’environnement. La situation est confirmée par la formule du Smithsonian Magazine, «The world is on track for disaster…», autrement dit, “tout se déroule comme prévu pour que survienne le désastre”.

Ce désastre, comme le résume le physicien australien Graham Turner, qui a succédé à Dennis Meadows comme rédacteur coordonnateur, découlera du fait que, si l'humanité continue à consommer plus que la nature ne peut produire, un effondrement économique se traduisant pas une baisse massive de la population se produira aux alentours de 2030.

Le désastre n'est donc plus loin de nous, mais tout proche. 2020 est d'ailleurs considéré par certains experts comme une date plus probable. L'effondrement pourrait se produire bien avant 2030. Autrement dit tous les projets envisagés pour le moyen terme de 10 ans seraient impactés, voire rendus inopérants. Les rapporteurs font cependant preuve d'optimisme, en écrivant que si des mesures radicales étaient prises pour réformer le Système, la date buttoir pourrait être repoussée.

Rien ne sera fait

Mais nous devons pour notre part considérer, y compris en ce qui concerne nos propres projets, collectifs ou individuels, qu'aucune de ces mesures radicales ne seront prises. Le système économico-polirique, selon nous, ne peut se réformer. Ce sont en effet les décisions des gouvernements, des entreprises et des médias qui convergent pour que tout continue comme avant, business as usual, ceci jusqu'au désastre. Une petite preuve peut en être fournie par le fait que pratiquement aucune publicité n'a été donnée par aucun des acteurs que nous venons d'énumérer à la publication de cette seconde version du Rapport.

Insistons sur le fait que ce n'est pas seulement le réchauffement global qui est incriminé par les rapporteurs, mais plus généralement l’épuisement des ressources et, au-delà, d’une façon plus générale, le saccage catastrophique de l’environnement sous toutes ses formes, autrement dit “la destruction du monde”. Pour l'empêcher, il ne faudrait pas seulement réduire notre production de gaz à effets de serre, mais s'imposer une décroissance radicale, à commencer par celle qui devrait être mise en oeuvre dans les pays riches, qui sont les plus consommateurs et les plus destructeurs.

Vains espoirs. Il suffit de voir comment, lors des élections françaises de cette année, la question a été évacuée des enjeux politiques 1). Dans le même temps, on envisage sérieusement de relancer la recherche des gaz de schistes et d'entreprendre des forages profonds en Méditerranée...Petit exemple, car des mesures autrement plus dangereuses se préparent en Arctique et ailleurs.

Les opinions publiques se rassureront en faisant valoir que si ce nouveau rapport n'est pas discuté, si des milliers d' « experts » de tous ordres ne le mentionnent pas, c'est parce qu'il est le produit d'un étroit groupe de pression comptant sur le catastrophisme pour prospérer.

Nous pensons pour notre part que certains décideurs, discrets mais influents, prennent au contraire ces prévisions très au sérieux et se préparent, évidemment par la force, à protéger leurs avantages face à la révolte des milliards d'humains qui seront touchés par le futur effondrement.

1) Sauf, marginalement, par le Front de Gauche. Voir ici même http://www.mediapart.fr/journal/france/080412/la-planification-ecologique-enquete-sur-une-idee-retro-futuriste

Sources

Nouveau rapport du Club de Rome http://www.clubofrome.org/?p=3392
Article du Smithsonian Magazine http://www.smithsonianmag.com/science-nature/Looking-Back-on-the-Limits-of-Growth.html#ixzz1rEEVUFqq
Rapport du Club de Rome 1972. Halte à la croissance http://fr.wikipedia.org/wiki/Halte_%C3%A0_la_croissance_%3F

La planète brûle, et ils regardent ailleurs

LE MONDE | 07.04.2012

Gouverner, c'est prévoir, choisir et expliquer. Surtout quand les défis sont complexes et de long terme. Au préalable, il faut être élu et, pour cela, se livrer à un tout autre exercice : séduire, promettre, simplifier. Et faire miroiter des lendemains qui chantent. Redoutable contradiction. En 2007, c'est l'endettement du pays qui avait été ignoré par les deux principaux candidats, en dépit des mises en garde du troisième (François Bayrou). Les rêves immédiats avaient balayé les risques alors jugés lointains et dont on mesure trop bien aujourd'hui combien ils étaient imminents. Aujourd'hui, c'est l'écologie - pour simplifier, la préservation des ressources d'une planète vivante et vivable - qui est tombée dans ce trou noir, comme sortie du radar politique, rayée de la carte des enjeux majeurs des prochaines décennies.

Cette cécité est stupéfiante, ou plutôt cette occultation confondante, si l'on veut bien se rappeler, un instant, les avertissements lancés de tous côtés, sans cesse plus nombreux et argumentés. Pas un mois ou presque sans qu'une étude scientifique pointe tel ou tel dérèglement progressif, insistant et, au bout du compte, inquiétant.

En mars encore, la dernière à sonner l'alarme a été l'OCDE - que l'on ne peut guère soupçonner d'être un repaire d'écolos intégristes. Que dit le club des pays développés dans son rapport sur "les perspectives de l'environnement à l'horizon 2050" ? Cela, sans ambiguïté : "Faute de nouvelles politiques, les progrès réalisés pour réduire les pressions sur l'environnement ne suffiront pas à compenser les impacts liés à la croissance économique." Sur quatre domaines-clés - changement climatique, biodiversité, eau, effets de la pollution sur la santé -, "il est nécessaire et urgent d'engager dès à présent une action globale, de manière à éviter les coûts et conséquences considérables de l'inaction, tant du point de vue économique que sur le plan humain", conclut l'OCDE.

Pendant ce temps, que font les candidats à l'élection présidentielle ? Exactement ce que déplorait le président Chirac, il y a dix ans, au Sommet de la Terre de Johannesbourg : "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs."

Nicolas Sarkozy avait fait de l'écologie, en 2007, une grande cause nationale, avant de décréter, en 2011, que "ça commen(çait) à bien faire". François Hollande pense avoir fait le nécessaire en s'en tenant à une réduction du nucléaire dans notre approvisionnement énergétique. Jean-Luc Mélenchon prône une "transition écologique" qui ne manque pas d'opportunisme. François Bayrou et Marine Le Pen ont d'autres chats à fouetter. Et les écologistes eux-mêmes ont oublié qu'une campagne présidentielle suppose un candidat aguerri - et convaincu de sa cause.

On se souvient de la formule de Pierre Mendès France un jour de 1953 :"Gouverner, c'est choisir, si difficiles que soient les choix." Cela suppose une démocratie adulte et du courage chez ceux qui entendent l'incarner. Pour l'heure, hélas, l'une et l'autre font par trop défaut.

jeudi, mars 29 2012

Visions of a Sustainable World

This 10 minute video presents highlights of an interview with Dr. Paul Raskin about his views on the pathways necessary to achieve a sustainable planetary civilization in the near-term future. Dr. Raskin posits that a global citizens movement and a Copernican shift in how humans perceive their relationship to earth are both necessary. Dr. Raskin is the President and Founder of the Tellus Institute, the Founder of the Global Scenario Group, and a leader of the Great Transition Initiative. The interview is a companion to the Visions of a Sustainable World Speaker series at Yale, which brings scholars and practitioners to campus to help articulate positive, concrete visions of a sustainable global future and roadmaps for getting there.

mardi, mars 20 2012

LES GOUVERNEMENTS CONSACRENT CHAQUE JOUR 1,4 MILLIARD DE DOLLARS À LA DÉSTABILISATION DU CLIMAT

texte original: www.earth-policy.org/data_highlights/2011/highlights24

Lester R. Brown, traduit par Marc Zischka, Frédéric Jouffroy, et Franck Gressier

Nous déformons la réalité quand nous n’intégrons pas, dans le prix des énergies fossiles, les coûts associés en termes sanitaires ou environnementaux ; et quand les gouvernements vont jusqu’à subventionner leur utilisation, ils accroissent encore cette distorsion. Les subventions directes en faveur des énergies fossiles ont représenté en 2010 environ 500 milliards de dollars : près de 100 milliards comme aides à la production, et plus de 400 milliards pour soutenir la consommation, dont 193 pour le pétrole, 91 pour le gaz naturel, 3 pour le charbon, et 122 pour la consommation d’électricité issue d’énergies fossiles. Les gouvernements déboursent au total presque 1,4 milliards de dollars par jour pour déstabiliser encore davantage le climat de la planète.

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Le gouvernement iranien est celui qui a dépensé le plus pour promouvoir la consommation d’énergies fossiles en 2010, en distribuant 81 milliards de dollars de subventions, soit l’équivalent de plus de 20 % du produit intérieur brut du pays. L'Arabie saoudite est loin derrière à la deuxième place, avec 44 milliards de dollars. La Russie et ses 39 milliards de dollars, l'Inde, (22 milliards) et la Chine (21 milliards) complètent ce top cinq.

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Ramené au niveau individuel, le Koweit est le pays qui octroie les subventions aux combustibles fossiles les plus élevées, avec 2 800 dollars par personne, suivi par les Emirats Arabes Unis et le Qatar avec près de 2 500 dollars par personne.

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Les émissions de carbone pourraient être réduites dans de nombreux pays par le seul arrêt des subventions aux énergies fossiles. Certains pays le font déjà. La Belgique, la France et le Japon ont arrêté toutes les aides au charbon. Avec l’augmentation des prix du pétrole, un certain nombre de pays (dont la Chine et l’Indonésie) qui maintenaient les prix des carburants bien en dessous des prix du marché mondial, ont considérablement réduit ou arrêté leurs subventions aux carburants automobiles de par leur coût fiscal élevé. Même l'Iran (où l'essence était vendue au cinquième du prix de son marché) a considérablement réduit en décembre 2010 les subventions dont bénéficie l'essence, dans le cadre d’une réforme plus large de sa politique de subventions de l'énergie. En comparaison de ces 500 milliards de dollars attribués aux combustibles fossiles, les énergies renouvelables n’ont reçu en 2010 que 66 milliards de dollars d’aides : les deux tiers pour la production d'électricité produites à partir du vent, de la biomasse, et le dernier tiers, pour les agro-carburants. Les subventions en faveur des énergies fossiles sont non seulement sans commune mesure avec celles aujourd’hui attribuées aux renouvelables, mais il existe aussi une longue tradition de soutien des gouvernements au pétrole, au charbon et au gaz naturel qui conduit à un marché de l'énergie extrêmement déséquilibré. Dans un monde confronté au changement climatique et à ses effets néfastes sur le plan économique, il n’est plus possible de justifier des subventions encourageant la consommation de charbon et de pétrole. Pour l'Agence Internationale de l'Energie, un arrêt progressif des subventions à la consommation de pétrole d'ici 2020 permettrait à cette date de diminuer cette dernière de 3,7 millions de barils par jour. L’arrêt de toutes les subventions aux énergies fossiles à cette échéance permettrait quand à lui de faire baisser les émissions mondiales de carbone de près de 5 pour cent, tout en réduisant la dette publique. Le transfert de subventions en faveur du développement de sources d'énergie sans impact climatique significatif, telles que les énergies éolienne, solaire et géothermique, aidera à stabiliser ce dernier.

lundi, mars 19 2012

Fallacies of green growth in coping with climate change

A new UNCTAD Discussion Paper reviews the fallacies of green growth in coping with climate change and the implications for development space. Drawing on ample empirical data and examples, the paper analyses the environmental effectiveness, economic efficiency and social-political acceptability of the main elements in the green growth toolbox. The key results of the analysis are as follows:

Many economists and policy makers advocate a fundamental shift towards “green growth” as the new, qualitatively-different growth paradigm, based on enhanced material/resource/energy efficiency and drastic changes in the energy mix. “Green growth” may work well in creating new growth impulses with reduced environmental load and facilitating related technological and structural change. But can it also mitigate climate change at the required scale (i.e. significant, absolute and permanent decline of GHG emissions at global level) and pace? The UNCTAD Discussion Paper argues that growth, technological, population-expansion and governance constraints as well as some key systemic issues cast a very long shadow on the “green growth” hopes. One should not deceive oneself into believing that such evolutionary (and often reductionist) approach will be sufficient to cope with the complexities of climate change. It may rather give much false hope and excuses to do nothing really fundamental that can bring about a U-turn of global GHG emissions. The proponents of a resource efficiency revolution and a drastic change in the energy mix need to scrutinize the historical evidence, in particular the arithmetic of economic and population growth. Furthermore, they need to realize that the required transformation goes beyond innovation and structural changes to include democratization of the economy and cultural change. Climate change calls into question the global equality of opportunity for prosperity (i.e. ecological justice and development space) and is thus a huge developmental challenge for the South and a question of life and death for some developing countries.

The paper is available at: www.unctad.org/

L’humanité sous-estime-t-elle le risque de sa propre extinction ?

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Une fois n'est pas coutume, ce billet ne va pas décrire une découverte publiée récemment dans une revue. Au fil de mes lectures diverses, ces dernières semaines, j'ai ramassé quelques pièces de puzzle et je me suis aperçu qu'elles s'emboîtaient plutôt bien, qu'il y avait comme un idée directrice derrière elles. Cela a commencé à la fin de 2011 à Durban, avec le nouvel échec de la communauté internationale pour se mettre d'accord sur la limitation des émissions de gaz à effet de serre (GES). Puis il y a eu cette annonce, fin décembre, de la création par des chercheurs de virus mutants de la grippe aviaire, susceptibles de se transmettre plus facilement entre humains contaminés. Annonce suivie, tout d'abord, d'un débat pour savoir s'il était bien pertinent de publier les méthodes avec lesquelles les biologistes avaient modifié le H5N1, puis de la question plus pragmatique : le terroriste lambda peut-il facilement y parvenir ?

Puis il y a eu une autre annonce, le 12 janvier, plus rituelle celle-là, mais aussi plus discrète : celle du Bulletin of the Atomic Scientists annonçant que l'horloge de la fin du monde qui, depuis 1947, prévient symboliquement l'humanité quand elle fait des pas vers son extinction ou la rassure quand elle prend des mesures pour s'en éloigner, était avancée d'une minute vers minuit. Il est désormais 23h55 à cette horloge et cette progression de la grande aiguille a été justifiée par l'absence de progrès dans la limitation tant de la prolifération nucléaire que des émissions de gaz à effet de serre. Le texte du communiqué précise : "La communauté mondiale pourrait être proche d'un point de non-retour dans ses efforts pour empêcher une catastrophe due aux changements dans l'atmosphère de la Terre. L'Agence internationale de l'énergie prévoit qu'à moins que les sociétés commencent, au cours des cinq prochaines années, à développer des alternatives aux technologies de l'énergie émettant du carbone, le monde est condamné à un climat plus chaud, à une montée du niveau des océans, à la disparition de nations insulaires et à une augmentation de l'acidification des océans." Ce n'est pas sans une certaine ironie qu'une autre information, en lien direct avec celle-ci, est tombée il y a quelques jours et je l'ai donnée, brute de fonderie, dans une de mes sélections hebdomadaires : jamais, au cours des 300 derniers millions d'années, les océans n'ont été aussi acides qu'aujourd'hui. Malgré son importance, la nouvelle n'a pas eu l'air d'émouvoir qui que ce soit...

Au moment même où quantité de livres se publient sur la thématique "2012, année de fin du monde prédite par le calendrier maya" (j'ai été sidéré de voir une table entière d'ouvrages à la FNAC sur ce sujet), les hommes jouant à se faire peur en sachant très bien qu'il s'agit de billevesées, on balaie sous le tapis les vraies raisons de s'inquiéter. D'où la question qui fait le titre de ce billet : l'humanité sous-estime-t-elle le risque de sa propre extinction en ne traitant pas les problèmes qui la menacent ou en risquant de faire tomber des technologies de destruction massive entre des mains mal intentionnées ? Je n'ai évidemment pas la réponse et je laisse à chacun le soin d'y réfléchir, mais je tenais, pour finir ce billet pas comme les autres, à signaler l'interview, dans The Atlantic, du philosophe suédois Nick Bostrom, qui enseigne à l'université d'Oxford, y dirige l'Institut sur le futur de l'humanité et est représenté en photo en haut de cette page.

Avec une formation en physique, en neurosciences et en philosophie des sciences, Nick Bostrom n'a pas forcément le profil-type du philosophe tel qu'on se le figure d'ordinaire. Il a beaucoup travaillé sur le concept de "risque existentiel", au sens d'un scénario-catastrophe conduisant « soit à une destruction totale de toute vie intelligente sur Terre, soit à une paralysie permanente de son potentiel de développement ». Dans cette interview, il ne s'intéresse donc pas aux conséquences, lointaines, du réchauffement climatique, mais, considérant que ce XXIe siècle sera crucial pour l'humanité en raison du développement rapide de technologies nouvelles, aux risques que ces dernières présenteront dans un futur très proche de nous : "A court terme, dit-il, je pense que plusieurs développements dans les domaines de la biotechnologie et de la biologie synthétique sont assez déconcertants. Nous sommes en train d'acquérir la capacité à créer des agents pathogènes modifiés et les plans de plusieurs organismes pathogènes sont dans le domaine public : vous pouvez télécharger sur Internet la séquence génétique du virus de la variole ou de celui de la grippe espagnole. Jusqu'ici, le citoyen ordinaire n'a que leur représentation graphique sur l'écran de son ordinateur, mais nous développons aussi des machines synthétisant l'ADN de plus en plus performantes, qui peuvent prendre un de ces plans numériques et fabriquer de véritables brins d'ARN ou d'ADN. Bientôt, ces machines seront suffisamment puissantes pour recréer ces virus. Donc, vous avez déjà une sorte de risque prévisible et si, ensuite, vous commencez à modifier ces organismes pathogènes de différentes manières, vous voyez apparaître une nouvelle frontière dangereuse. A plus long terme, je pense que l'intelligence artificielle, une fois qu'elle aura acquis des capacités humaines puis surhumaines, nous fera entrer dans une zone de risque majeur. Il y a aussi différentes sortes de contrôle des populations qui m'inquiètent, des choses comme la surveillance et la manipulation psychologique à l'aide de médicaments."

Quand le journaliste qui l'interroge lui demande pourquoi le risque d'un dérapage majeur est estimé à une ou deux chances sur dix au cours du siècle, ce qui est beaucoup, Nick Bostrom a cette réponse : "Je pense que ce qui mène à cela, c'est le sentiment que les humains développent ces outils très puissants (...) et qu'il y a un risque que quelque chose tourne mal. Si vous revenez en arrière avec les armes nucléaires, vous vous apercevez que pour fabriquer une bombe atomique, il vous fallait des matières premières rares comme de l'uranium enrichi ou du plutonium, qui sont très difficiles à se procurer. Mais supposez qu'il y ait eu une technique vous permettant de faire une arme nucléaire en cuisant du sable dans un four à micro-ondes ou quelque chose dans ce genre. Si cela avait été le cas, où en serions-nous maintenant ? On peut présumer qu'une fois cette découverte faite, la civilisation aurait été condamnée. A chaque fois que nous faisons une de ces découvertes, nous mettons notre main dans une grande urne pleine de balles et nous en tirons une nouvelle balle : jusqu'ici, nous avons sorti des balles blanches et des grises, mais peut-être que la prochaine fois, nous tirerons une balle noire, une découverte synonyme de désastre. Pour le moment, nous n'avons pas de bonne façon de remettre la balle dans l'urne si elle ne nous plaît pas. Une fois que la découverte a été publiée, il n'y a aucun moyen de la "dépublier"."

Nick Bostrom n'est absolument pas opposé à la technologie : au contraire, c'est un grand partisan du transhumanisme. Simplement, il milite pour que nous gardions le contrôle. Le contrôle de nos technologies, de notre planète, de notre avenir. Parce que l'extinction de l'homme n'est pas le seul risque que nous courons. L'autre visage du risque existentiel, c'est la disparition totale des libertés à l'échelle planétaire : "On peut imaginer le scénario d'une dystopie totalitaire mondiale. Encore une fois, c'est lié à la possibilité que nous développions des technologies qui rendront bien plus simple, pour des régimes oppressifs, d'éliminer les dissidents ou de surveiller leurs populations de façon à obtenir une dictature stable, plutôt que celles que nous avons vues au cours de l'histoire et qui ont fini par être renversées."George Orwell et son 1984 ne sont pas bien loin.

Pierre Barthélémy (@PasseurSciences sur Twitter)

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